Chaque 29 septembre, l'Église célèbre en une seule fête les archanges Michel, Gabriel et Raphaël, les seuls anges que l'Écriture appelle par leur nom. Les trois noms se terminent par «El», un mot hébreu qui signifie Dieu: ils parlent de Lui avant de parler d'eux.
L'un fait face au diable et ne le maudit pas. «Que le Seigneur te blâme!» lui dit-il.
Un autre est envoyé à Nazareth, auprès d'une jeune fille, Marie, qui sera la mère du Fils du Très-Haut.
Le troisième marche aux côtés d'un jeune homme, Tobie, qui ne sait pas avec qui il fait route.
Beaucoup récitent chaque jour une prière à saint Michel, et l'on raconte qu'elle est née d'une vision qui a laissé un pape figé sur place. Les choses se sont-elles vraiment passées ainsi? Et quelle est la prière que l'Église propose à tous?
Et ce compagnon, envoyé pour guérir un père aveugle et une jeune femme qui avait perdu sept maris, quand a-t-il enfin dit qui il était?
Des noms en terre d'exil
L'histoire de ces noms commence dans une ville assiégée: Jérusalem, environ six cents ans avant le Christ. L'armée de Nabuchodonosor, roi de Babylone, l'encercle. Le roi fait choisir des jeunes gens de sang royal et de familles nobles pour servir dans son palais. Parmi eux se trouve un jeune homme nommé Daniel. Tous laissent derrière eux leur terre, leur maison et le Temple de leur Dieu. En exil, Daniel entendra deux des trois noms: Gabriel et Michel.
Le troisième nom vient d'un autre exil, plus ancien encore: celui des Israélites que le roi d'Assyrie emmena à Ninive. Là vit un vieil homme, Tobith, le père de Tobie, ce jeune homme de la route. Un jour, sa porte s'ouvrira pour le compagnon de son fils.
Dans ces deux histoires d'exil apparaissent, avec leur nom, les trois archanges. Mais qu'est-ce qu'un ange? L'Église enseigne, comme une vérité de foi, que les anges existent. Ce sont des esprits doués d'intelligence et de volonté: ils n'ont pas de corps et ne meurent pas. Ils servent Dieu et portent ses messages. Et au centre de leur monde, il y a le Christ: ils l'accompagnent depuis qu'il se fait homme jusqu'à son ascension au ciel.
C'est pourquoi l'Église les honore pour ce qu'ils sont: des serviteurs de Dieu, toujours tournés vers Lui. Et dans la dévotion, elle demande une chose précise: ne pas donner aux anges des noms que l'Écriture ne leur donne pas. Des listes circulent avec d'autres noms, mais dans l'Écriture, seuls trois apparaissent: Michel, Gabriel et Raphaël.
Revenons à cette route. L'un des jeunes se retourne pour regarder sa ville. C'est Daniel. Et dans son histoire entre le premier des trois: Michel.
Michel: une question face au Dragon
Les années passent, et Daniel est toujours à Babylone. Un jour, il commence un deuil de trois semaines: il ne goûte ni viande ni vin, et s'humilie devant son Dieu pour comprendre ce qu'il adviendra de son peuple. Sans le savoir, il n'est pas seul.
Alors un messager de Dieu lui apporte la réponse: «N'aie pas peur, Daniel.» Il lui raconte qu'un ennemi, «l'ange de la Perse», lui a barré la route pendant vingt et un jours, jusqu'à ce que Michel vienne à son aide. Et il lui laisse une promesse pour les jours les plus sombres: «En ce temps-là se lèvera Michel, le chef des anges, celui qui se tient auprès des fils de ton peuple.»
C'est ainsi que Michel entre dans la Bible: comme le protecteur d'un petit peuple face aux empires. Même son nom est une question: Michel signifie «Qui est comme Dieu?». Et cette question porte déjà la réponse: personne n'est comme Dieu.
Une courte lettre du Nouveau Testament, celle de saint Jude, garde une autre scène. Michel y affronte le diable au sujet du corps de Moïse, celui qui a fait sortir Israël d'Égypte.
Michel a devant lui l'ennemi de Dieu. Et pourtant, il n'ose pas le juger de lui-même. Il laisse au Seigneur le soin de juger et dit seulement: «Que le Seigneur te blâme!»
L'archange ne répond pas par une insulte. Il répond en nommant Dieu. Mais la Bible les remet face à face.
Ce sera dans son dernier livre, l'Apocalypse, qui ouvre le ciel comme une immense scène. Un signe apparaît: une Femme, ayant le soleil pour manteau, en qui l'Église voit la Vierge Marie. Aussitôt en apparaît un autre, un Dragon «rouge feu, avec sept têtes et dix cornes». Le Dragon se poste devant elle pour dévorer son enfant dès sa naissance. Mais l'enfant est enlevé jusqu'auprès de Dieu, jusqu'à son trône.
Alors éclate une bataille dans le ciel.
Michel et ses anges combattent contre le Dragon. Le Dragon combat, lui aussi, avec ses anges. Et le Dragon tombe. C'est le Serpent des origines, le diable, précipité sur la terre avec ses anges.
Puis une voix forte se fait entendre dans le ciel. Elle proclame le salut, car il est tombé, «l'accusateur de nos frères». Et la voix dit aussi comment les frères l'ont vaincu. Ils l'ont vaincu par le sang de l'Agneau.
L'Agneau, c'est le Christ, celui qui a donné sa vie sur la croix.
Ce n'est pas l'épée qui remporte la victoire: elle vient par ce sang.
L'Écriture montre Michel dans le ciel et aux côtés de son peuple. Sur la terre, ce sont les peuples qui ont cherché où le trouver. Bien des siècles plus tard, sur une montagne du sud de l'Italie, un taureau égaré apparaît agenouillé à l'entrée d'une grotte.
Là où les peuples l'ont cherché
Le maître du taureau, un riche seigneur qui le cherchait partout, bande son arc et lui décoche une flèche. La flèche n'atteint pas l'animal. Elle se retourne en plein vol et le blesse, lui, au pied.
C'est ainsi qu'on le raconte depuis des siècles à Monte Sant'Angelo, le bourg bâti sur cette montagne du Gargano, et ses pèlerins situent l'histoire en l'an 490. L'affaire parvient à Laurent Maiorano, évêque de Siponto, la ville voisine sur la côte. L'évêque ordonne trois jours de prière et de pénitence.
Le troisième jour, l'archange lui apparaît et lui dit qui il est: «Je suis l'archange Michel, et je me tiens toujours en présence de Dieu». La grotte, ajoute-t-il, lui est consacrée. Là, les péchés seront pardonnés. Là, ce que l'on demandera dans la prière sera accordé.
Lors d'une autre apparition, l'archange annonce à l'évêque une victoire de Siponto. La tradition la situe un 8 mai, et ce jour-là le Gargano fait toujours mémoire de l'apparition.
Ensuite, les évêques des Pouilles montent en procession pour dédier la grotte à Dieu. En entrant, ils trouvent un autel primitif déjà dressé.
La légende ajoute autre chose: l'archange aurait laissé son empreinte dans la roche. Cette roche est aujourd'hui enclose dans l'Altare delle Impronte, l'autel des empreintes. Ce n'est pas une relique. Les anges n'ont pas de corps, et rien d'eux ne peut être gardé dans un reliquaire. Ce que la grotte offre, c'est la mémoire d'un lieu où l'on prie depuis des siècles.
À l'époque byzantine, le Gargano vénérait surtout Michel sous deux visages. Il était celui qui présente les âmes des défunts devant le trône de Dieu. Et il était celui qui guérit. De la roche gouttait une eau, la «stilla», et les récits lui attribuaient des guérisons. L'idée que saint Michel conduit les âmes devant Dieu vit dans cette dévotion ancienne; ce n'est pas une page de la Bible.
En 1507, une statue de marbre blanc, attribuée au sculpteur Andrea Sansovino, est arrivée dans la grotte. Michel y apparaît en adolescent souriant, les cheveux bouclés, vêtu d'une cuirasse de soldat romain. Sous ses pieds se tord un monstre à face de singe, à cuisse de bouc, aux griffes de lion et à queue de serpent. C'est ainsi que le sculpteur l'a imaginé, et non l'Écriture. L'épée est toujours levée.
À Rome, l'épée raconte autre chose. Au sommet du château Saint-Ange, au bord du Tibre, un ange la remet au fourreau, et l'on dit là-bas depuis des siècles que l'archange a délivré la ville de la peste.
La Normandie, dans le nord de la France, a sa propre légende. En 708, l'archange serait apparu trois fois en songe à l'évêque Aubert pour lui demander un sanctuaire sur un îlot appelé Mont-Tombe. Cet îlot, c'est aujourd'hui le Mont-Saint-Michel.
L'abbaye est toujours un sanctuaire: depuis 2001, une communauté monastique y garde vivante sa tradition.
Les fils de saint François d'Assise se souviennent d'une autre montagne, La Verna, en Toscane. Vers la fin de sa vie, François y a entamé, le jour de l'Assomption de la Vierge, un Carême: une quarantaine de jours de prière en l'honneur de Dieu, de la Vierge et de saint Michel. Pendant ces jours, il a vu le Christ crucifié sous la forme d'un séraphin, et il a reçu dans son corps les stigmates, les plaies de Jésus aux mains, aux pieds et au côté. Il est descendu de la montagne le jour de la fête de l'archange.
Ce Carême ne s'est pas arrêté avec lui. Aujourd'hui, beaucoup de fidèles le suivent dans la prière, au Brésil et en France, du 15 août au 29 septembre.
De l'autre côté de l'océan, à Tlaxcala, au Mexique, se dresse le sanctuaire de San Miguel del Milagro. Selon la tradition locale, tout a commencé le 25 avril 1631, pendant la procession de saint Marc. Un jeune Indien, Diego Lázaro de San Francisco, a eu alors une vision intérieure de saint Michel. L'archange lui a annoncé une source d'eau qui guérirait, cachée sous un rocher.
Diego s'est tu, parce qu'il avait peur. Et il est tombé malade.
Alors qu'il était déjà à l'agonie, il a vu un rayon de lumière et l'archange, qui l'a conduit jusqu'au ravin. Là, l'archange a touché le sol de son bâton, et Diego a été guéri. Sa famille ne parvenait pas à déplacer les rochers qui couvraient l'endroit. C'est un jeune homme à l'apparence extraordinaire qui les a écartés.
Mais, par crainte des gens, Diego a continué à se taire. Six mois plus tard, pendant la messe, une douleur l'a transpercé, et l'archange lui est apparu une troisième fois, avec un reproche. Cette fois, Diego ne s'est pas tu. Il a porté de l'eau de la source à l'évêque. L'évêque a promis d'enquêter et a fait distribuer l'eau aux malades. Ceux qui l'ont bue ont guéri.
Devant l'église du sanctuaire, le puits de cette eau est toujours là.
À la fin du dix-neuvième siècle, un pape a demandé à toute l'Église de terminer chaque messe en invoquant saint Michel. Autour de cette prière est née une histoire que beaucoup répètent.
La prière d'un pape
On le raconte ainsi, comme un souvenir de témoins. Le 13 octobre 1884, à la fin de la messe, le vieux Léon XIII reste immobile une dizaine de minutes. Son visage exprime la terreur et la stupeur. Puis il se retire et écrit une prière à saint Michel. Il l'envoie aux évêques. Il dira avoir vu des légions de démons et l'intervention de l'archange.
Reste à savoir si cette prière est vraiment née de cette vision.
La prière a sa propre date. En 1886, Léon XIII a introduit une invocation à saint Michel parmi les prières que l'on récitait à la fin de la messe dans toute l'Église. Ses premiers mots venaient d'un verset que l'on chantait déjà avec l'alléluia aux messes de l'archange.
En 1934, un spécialiste de la liturgie a écrit contre cette histoire, qui commençait à circuler de bouche à oreille. Et les dates ne concordent pas: le récit fait naître la prière ce jour même de 1884, alors que l'invocation n'est entrée dans les messes que deux ans plus tard.
Il existe aussi un autre souvenir, rapporté de seconde main des décennies plus tard. Un vieux cardinal, dont on ne se rappelait plus le nom, aurait affirmé que le pape avait ajouté l'invocation contre la menace de la franc-maçonnerie, poussé par une révélation. C'est un souvenir par ouï-dire. La prière date de 1886; de la vision de 1884, il ne reste qu'un récit discuté.
Cette brève invocation est la prière que l'Église propose à tous. Une instruction de 1964, dans le cadre de la réforme liturgique, l'a retirée de la fin de la messe. Trente ans plus tard, en 1994, lors du Regina Caeli, la prière à la Vierge du temps pascal, Jean-Paul II a invité à ne pas l'oublier et à la réciter. La voici: «Saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat. Soyez notre secours contre la malice et les embûches du démon. Que Dieu lui fasse sentir son empire, nous vous en supplions. Et vous, Prince de la milice céleste, par la puissance divine, repoussez en enfer Satan et les autres esprits mauvais qui rôdent dans le monde pour la perte des âmes. Amen.»
En France, le sanctuaire du Mont-Saint-Michel a invité à une grande neuvaine à saint Michel pour la venue du pape Léon XIV.
Circule aussi une formule longue, présentée comme «puissante». Elle contient l'exorcisme publié sur ordre de Léon XIII, un rite réservé aux prêtres autorisés par leur évêque, et cette partie-là, les fidèles ne doivent pas l'utiliser. L'Église exclut de la piété populaire la magie et la superstition: aucune formule n'agit par elle-même. Ce que tous peuvent prier, c'est la brève invocation à saint Michel et la demande que Jésus a enseignée dans le Notre Père: «délivre-nous du Mal».
Le 5 juillet 2013, dans les jardins du Vatican, le pape François a inauguré un monument à saint Michel. Au même endroit, il a consacré l'État de la Cité du Vatican à saint Michel et à saint Joseph. Benoît XVI était présent.
Ce nom qui était une question, «Qui est comme Dieu?», a reçu ce jour-là une réponse de la bouche de François.
«Saint Michel est vainqueur parce que c'est Dieu qui agit en lui.»
Le livre de Daniel ne nomme pas seulement Michel. Un autre messager y apparaît aussi, qui ne combat pas: Gabriel.
Gabriel: le doute et le oui
Son nom signifie «force de Dieu». Dans le livre de Daniel, cette force s'exerce par la parole. Devant une vision que le prophète ne parvient pas à déchiffrer, Gabriel lui en donne le sens. Une autre fois, il lui annonce des événements encore à venir.
Bien des siècles plus tard, en 1951, le pape Pie XII a déclaré Gabriel patron des télécommunications. Il est aussi le patron de Radio Vatican. Le messager de Dieu s'est ainsi trouvé lié aux métiers qui portent la voix humaine au loin.
Mais les deux annonces dont l'Église se souvient le plus ont lieu dans les premières pages de l'Évangile de Luc.
Au Temple de Jérusalem, un prêtre nommé Zacharie offre l'encens sur l'autel. La fumée monte lentement dans la pénombre. Et à droite de l'autel, quelqu'un se tient debout.
C'est un ange. Il lui annonce qu'Élisabeth, sa femme, lui donnera un fils, et que ce fils s'appellera Jean: celui qu'on appellera un jour le Baptiste.
Zacharie ne croit pas la chose possible. Il est vieux, et sa femme aussi est avancée en âge. Il demande qu'on lui explique comment cela peut arriver. La réponse ne discute pas ses raisons. Elle lui donne un nom.
«Je suis Gabriel et je me tiens en présence de Dieu. J'ai été envoyé pour te parler et pour t'annoncer cette bonne nouvelle.»
Au Gargano, la mémoire des pèlerins mettait des paroles semblables dans la bouche de Michel. Ici, c'est l'Évangile qui les prononce. Le messager vient de la présence de Dieu, et c'est de là qu'il apporte sa nouvelle. Mais Zacharie n'a pas cru, et l'ange lui annonce qu'il sera «réduit au silence» et ne pourra plus parler «jusqu'au jour où cela se réalisera».
Le même messager est ensuite envoyé à Nazareth, un petit village de Galilée. Il se rend auprès d'une jeune fille, «vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph». Cette vierge s'appelle Marie.
Gabriel lui adresse ce salut: «Je te salue, Comblée-de-grâce.»
Puis il lui annonce: «Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut.» Il lui explique que l'Esprit Saint viendra sur elle.
Le vieux prêtre a douté au cœur du lieu le plus saint du culte. Elle, dans une maison de village, écoute.
Benoît XVI l'a dit simplement: «Gabriel est le messager de l'incarnation de Dieu.» Par lui, Dieu demande à une jeune fille son «oui». Il ne le lui impose pas: il attend la réponse d'une femme libre.
Et Marie le donne: «Voici la servante du Seigneur; que tout m'advienne selon ta parole.»
Le Fils de Dieu se fait homme.
Les paroles de l'ange ne sont pas restées dans cette maison. La salutation de Gabriel ouvre le Je vous salue Marie: «Je vous salue, Marie, pleine de grâce». Chaque fois qu'on le récite, on reprend le salut qu'un messager de Dieu a adressé à Marie. Et l'Angélus, la prière qui rappelle l'Incarnation, commence par son annonce: «L'ange du Seigneur apporta l'annonce à Marie.»
Gabriel a annoncé deux naissances: celle de Jean et celle de Jésus. C'est pourquoi beaucoup se tournent vers lui avec leurs attentes les plus intimes. À qui cherche comment prier avec saint Gabriel, l'Église ne propose pas de formule nouvelle. Elle lui rend les paroles de l'ange lui-même, prononcées à Nazareth et priées chaque jour depuis lors.
Les deux annonces de Gabriel ont lieu au Temple et dans une maison. Le troisième nom apparaît sur une route qui part de Ninive, où un vieux déporté vit aveugle depuis des années.
Le compagnon de route
Ce vieil homme, c'est Tobith. Le livre de Tobie, que l'Église reconnaît comme Parole de Dieu, le présente par ce qu'il fait. Parmi les captifs de Ninive, il fait l'aumône aux pauvres. Il paie les dîmes, la part de ses biens que la loi de Moïse réservait à Dieu. Et il enterre les morts que d'autres laissent abandonnés derrière la muraille de Ninive.
Cette fidélité lui coûte cher. Il perd ce qu'il possédait. Et un jour, après un geste de charité, il perd aussi la vue.
L'homme qui prenait soin des autres dépend maintenant d'autrui pour faire un pas.
Loin de là, en Médie, vit une jeune femme nommée Sara. Elle a été mariée sept fois. Et sept fois, le mari est mort la nuit des noces, frappé par un démon que le livre appelle Asmodée.
Sara a pensé à se pendre. Elle ne l'a pas fait, et la raison qu'en donne le livre, c'est son père. Elle n'a pas voulu que ce vieil homme descende au tombeau accablé de chagrin.
Deux maisons séparées par la distance. Un vieil homme qui ne voit plus et une femme qui n'espère plus rien. Tous deux prient. Et leurs prières parviennent devant le Seigneur.
Dieu envoie quelqu'un pour les guérir tous les deux. Ni Tobith ni Sara ne savent encore qui.
Tobith pense à son fils. Il a laissé une somme d'argent en dépôt chez un ami, dans un pays lointain. Il demande à Tobie d'aller la récupérer.
Le garçon n'a jamais fait ce voyage. Sur le conseil de son père, il cherche quelqu'un pour le guider. Et le premier qu'il rencontre est un voyageur qui connaît bien ces contrées et accepte de partir avec lui.
Pour Tobie, c'est un inconnu qui connaît la route. Cela suffit pour partir.
Un soir, ils font halte au bord du Tigre. Tobie descend dans l'eau. Et soudain, un gros poisson bondit vers lui.
Le jeune homme prend peur. Son compagnon l'encourage. Alors Tobie saisit le poisson et le tire sur la rive.
Comme son compagnon le lui indique, il en retire le cœur, le foie et le fiel, et les garde. Rien de tout cela ne semble encore important.
Près du but, le compagnon lui conseille de loger chez des parents. Dans cette maison vit Sara, la cousine de Tobie. La loi de Moïse la lui réservait pour épouse.
Tobie fait sa connaissance. Et ils se marient.
Vient la nuit, celle qui, sept fois, s'est achevée dans le deuil. Sur le conseil de son compagnon, Tobie dépose le cœur et le foie du poisson sur le brûle-parfum, le récipient où l'on faisait brûler des aromates.
Le démon s'enfuit jusqu'en Égypte, et le compagnon le poursuit et l'y laisse pieds et poings liés. Alors les époux se lèvent et prient ensemble. «Béni sois-tu, Dieu de nos pères», commence Tobie, et il termine en demandant: «Daigne me faire miséricorde, ainsi qu'à elle, et nous mener ensemble à un âge avancé.» Tous deux répondent: «Amen! Amen!»
Cette fois, la nuit de noces n'emporte personne.
Ils rentrent à Ninive. Tobie s'approche de son père avec ce qui reste du poisson du Tigre. Il lui applique le fiel sur les yeux.
Et Tobith voit.
La famille veut payer le compagnon de Tobie. Elle lui doit le voyage, le mariage, la vue. Mais il les prend à part.
Il leur dit que, lorsqu'ils priaient, c'est lui qui présentait leurs prières devant le Seigneur. Et qu'il a été envoyé par Dieu.
Alors il dit son nom.
«Je suis Raphaël, l'un des sept anges qui se tiennent ou se présentent devant la gloire du Seigneur.»
Un garçon était parti de chez lui avec un inconnu qui connaissait la route. Il revenait en sachant qu'il avait marché aux côtés d'un envoyé de Dieu.
Les prières d'un aveugle et d'une femme sans espoir ne s'étaient pas perdues dans le vide. Quelqu'un qui se tient devant la gloire du Seigneur les avait portées jusqu'à Dieu. Et il était revenu avec la réponse, à pied, par les mêmes chemins qu'eux.
Raphaël signifie «remède de Dieu». Il avait été envoyé pour les guérir tous les deux: Tobith, pour qu'il puisse de nouveau contempler la lumière de Dieu, et Sara, pour la délivrer du démon et la donner pour épouse à Tobie. Son nom disait depuis le début d'où venait la guérison. À qui cherche comment prier avec saint Raphaël pour un malade, pour un couple ou pour un fils qui part en voyage, le livre laisse un modèle: la prière de Tobith et de Sara, que Raphaël lui-même a présentée devant le Seigneur.
Le livre se referme sur la famille réunie à la maison. Mais le compagnon de Tobie n'est pas resté dans ses pages. Des siècles plus tard, sur les routes du Moyen Âge, il accompagnait encore d'autres jeunes qui quittaient leur maison.
Remède de Dieu à Cordoue
Le compagnon de Tobie voyageait avec eux sur un petit panneau peint de deux figures: Tobie et l'archange.
Dès le onzième siècle, les chrétiens d'Occident rendaient déjà un culte à saint Raphaël. Avec le temps, la dévotion populaire en a fait le patron des voyageurs et des médecins. Les deux naissent des mêmes pages: une route parcourue ensemble et des yeux qui voient de nouveau.
Une ville a fait sien ce remède. À Cordoue, à la fin du treizième siècle, la peste entre dans la ville.
Ce qui s'est passé ensuite, les habitants de Cordoue se le transmettent de génération en génération, comme un souvenir de famille. Par l'intermédiaire d'un religieux, frère Simón de Sousa, l'archange demande que l'on place son image au sommet d'une tour de la ville. L'évêque le fait. Et la contagion cesse.
Des siècles plus tard, on a retrouvé des ossements dans la paroisse San Pedro. En 1578, un prêtre de la ville, Andrés de las Roelas, reçoit à plusieurs reprises la visite de l'archange. Et l'archange lui révèle que ces restes sont ceux des martyrs de Cordoue, les chrétiens qui y sont morts pour leur foi.
Le 7 mai, l'archange lui fait un serment:
«Je te jure par Jésus-Christ crucifié que je suis Raphaël, Ange, que Dieu a placé comme Gardien de cette Ville.»
Roelas s'en est ouvert à un autre prêtre, Juan del Pino. Et Juan del Pino l'a gardé pour lui pendant vingt-cinq ans. En 1603, les autorités du diocèse ont approuvé le récit.
La maison de Roelas est aujourd'hui l'église du Serment, et chaque 24 octobre, Cordoue célèbre son Gardien par une fête qui lui est propre.
En 1651, la peste est revenue. Quand elle a pris fin, la ville a élevé une statue de saint Raphaël sur le pont romain, en action de grâces.
Aujourd'hui, Cordoue possède aussi ses «triomphes», les triunfos: de hautes colonnes couronnées par l'archange. Ses peintres l'ont représenté avec un poisson à la main. Le poisson du Tigre, celui qui avait bondi vers un garçon effrayé, a fini sur les toiles de toute une ville.
Chaque ville garde son archange. Mais le 29 septembre, l'Église tout entière réunit les trois en un seul jour.
Un seul jour pour les trois
La date de la fête naît à six milles de Rome, sur la via Salaria, où une basilique a été dédiée à saint Michel. Le Martyrologe, le livre par lequel l'Église de Rome fait officiellement mémoire de ses saints, célèbre les trois archanges le jour de cette dédicace, le 29 septembre. L'édifice n'existe plus, mais son jour reste vivant, et dans l'Église latine le culte de Michel est devenu presque universel.
Pendant des siècles, les trois archanges ont été fêtés à des dates différentes. En 1969, la réforme de la liturgie les a réunis ce même jour. Le 2 octobre est resté réservé aux anges gardiens, ceux que l'Église reconnaît aux côtés de chaque personne, du début de sa vie jusqu'à sa mort.
Le jour se lève sur le 29 septembre. Ceux qui ont commencé le Carême de saint Michel le jour de l'Assomption arrivent ce matin au terme de leur chemin de prière.
Dans les églises, au seuil de la prière eucharistique, le peuple chante le Sanctus, le triple «Saint» par lequel la messe s'unit au chant des anges. Pendant ce chant, la voix de la terre et celle du ciel disent la même chose.
Puis, au moment de la consécration, ce ne sont plus les archanges qui sont au centre de la fête. C'est le Christ, qu'ils servent.
L'Église ne se contente pas de chanter avec les anges. Dans la prière eucharistique, le canon romain, elle invoque leur aide. Et lorsqu'elle dit adieu à l'un de ses défunts, elle prie avec ces mots: «Que les anges te conduisent au paradis.»
À Monte Sant'Angelo, ce même jour, l'épée quitte la main de l'archange. C'est celle de la statue de marbre, l'épée que l'archange tient levée au-dessus du monstre depuis plus de cinq siècles. On la porte en procession solennelle dans les rues du village.
Ce n'est pas une relique. C'est l'épée d'une œuvre d'art que la dévotion porte à la lumière du jour.
À Rome, l'ange du château Saint-Ange remet la sienne au fourreau. Ici, elle parcourt les rues au milieu du peuple.
Le combat contre le mal a une fin, mais il nous atteint encore: dans la lutte que nous ne gagnons pas seuls, dans la nouvelle que nous ne savons pas comment accueillir, dans le couloir d'un hôpital, dans l'enfant qui quitte la maison.
Pour ces heures-là, l'Église nous donne trois noms: Michel, «Qui est comme Dieu?»; Gabriel, «force de Dieu»; Raphaël, «remède de Dieu». Tous trois parlent de Lui avant de parler d'eux. Et la victoire que rappelle cette épée n'a jamais été celle de l'ange: depuis le commencement, elle appartient à Dieu.
Seigneur Dieu, toi qui as envoyé tes archanges comme messagers de ton amour: Michel, qui devant le mal a remis le jugement entre tes mains et dont le nom demande «Qui est comme Dieu?»; Gabriel, qui a porté à Marie l'annonce de ton Fils; et Raphaël, qui a marché aux côtés de Tobie et présenté devant toi les prières de ceux qui souffraient. Par leur intercession, délivre-nous du mal, ouvre notre cœur à ta Parole et accompagne ceux qui sont en chemin, les malades et ceux qui ne voient plus d'issue. Par Jésus Christ, notre Seigneur.
Saint Michel, prince de la milice céleste; saint Gabriel, messager de l'Incarnation; saint Raphaël, patron des voyageurs; saints archanges, priez pour nous.
Amen.





