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FIDES VIVA

17 octobre

Saint Ignace d'Antioche

Évêque et martyr, le premier à dire « Église catholique »

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Chapitres
  1. 0:00Dix léopards
  2. 3:46Un cri à Philadelphie
  3. 6:35Ceux qui accoururent pour le voir
  4. 9:25Ceux qui le louent le blessent
  5. 11:26Froment de Dieu
  6. 15:11Si ce n'était qu'apparence
  7. 18:17Ils sont arrivés au port
  8. 21:16Des nouvelles sûres
  9. 23:19L'arène de Rome
  10. 24:54Sous l'autel

Ignace, l'évêque de Syrie, condamné aux bêtes, est emmené prisonnier vers Rome, et en chemin il envoie une lettre aux chrétiens de cette ville, qui ne l'ont jamais vu. Il leur demande ce que personne ne demanderait. Qu'ils ne lèvent pas le petit doigt pour le sauver. Leur affection lui fait peur, car ils pourraient l'arracher à la mort, et alors il ne pourrait plus mourir pour le Christ, ce qui pour lui veut dire atteindre Dieu. C'est pourquoi il les supplie de se taire, et il leur dit d'une seule image ce qu'il veut être, froment de Dieu.

L'homme qui supplie ainsi a encore devant lui des soldats, la mer et bien des villes. Et ce qu'il demande pour lui-même, mourir pour le Christ, il avoue qu'il commence à peine à l'apprendre.

Dix léopards

Dix soldats le gardent sans relâche, sur terre et sur mer, de nuit comme de jour. Ignace les appelle ses dix léopards, des soldats qui se conduisent d'autant plus mal qu'on les traite mieux. Nous sommes au temps de l'empereur Trajan, au début du deuxième siècle, et l'escorte conduit Ignace d'un bout à l'autre de l'Empire, de l'Orient à l'Occident, comme il le dit lui-même.

Dans la salutation de ses lettres, il se donne un autre nom, Théophore, qui veut dire en grec porteur de Dieu. Derrière lui reste son Église, celle d'Antioche, en Syrie. Il en était l'évêque, celui qui guidait tous les chrétiens de la ville, et maintenant il doit les quitter.

Cette Église vivait dans l'une des trois grandes villes de l'Empire, au bord de l'Oronte. C'est là, à Antioche, que les disciples de Jésus ont reçu pour la première fois le nom de chrétiens. De la façon dont Ignace est venu à la foi, ou dont il a pris la conduite de cette communauté, il ne reste aucune scène. L'antique mémoire de l'Église, que sa liturgie garde encore, le compte parmi ceux qui ont écouté l'apôtre Jean, avec Polycarpe, le futur évêque de Smyrne. Et une autre tradition rapporte que Pierre lui-même l'avait placé à la tête de cette Église.

De ces années demeure aussi un souvenir lumineux. Un historien de Constantinople raconte, des siècles plus tard, qu'Ignace a vu les anges louer la Très Sainte Trinité, le Père, le Fils et l'Esprit Saint, en deux chœurs qui se répondaient. L'évêque a transmis à son Église cette manière de chanter, un groupe de fidèles face à l'autre, les voix alternant. Et d'Antioche, ce chant alterné est passé aux autres Églises.

Mais comment cet évêque est passé du chœur aux chaînes, il n'en dit jamais rien dans ses lettres. Un récit plus tardif de son martyre, raconté et redit au fil des siècles, le place devant l'empereur Trajan, à Antioche même. L'empereur a ordonné que les chrétiens rendent un culte aux dieux. Là, Ignace confesse sa foi au Christ, et Trajan le fait conduire enchaîné à Rome, pour qu'il serve de pâture aux bêtes.

Depuis la Syrie commence une longue route vers l'ouest, et dans chaque ville, des chrétiens sortiront à sa rencontre. Sur les routes d'Asie Mineure, l'actuelle Turquie, ses dix léopards à ses côtés, l'évêque d'Antioche entre dans une ville de cette région, Philadelphie.

Un cri à Philadelphie

Les chrétiens de Philadelphie se réunissent en assemblée, et le prisonnier est au milieu d'eux. Il leur demande de rester unis à ceux qui les guident, à l'évêque, aux presbytres, ces anciens qui l'aident à conduire la communauté, et aux diacres, les serviteurs de tous. Il ne le dit pas à voix basse. Devant l'assemblée tout entière, il crie «Soyez attentifs à l'évêque, aux presbytres et aux diacres.»

Mais certains le regardent avec méfiance, car il y a des divisions dans cette Église, et ils soupçonnent que quelqu'un les a rapportées au nouveau venu avant son arrivée, et que c'est pour cela qu'il parle ainsi. Un étranger enchaîné semble en savoir beaucoup trop.

Ignace prend à témoin Jésus-Christ, Celui pour qui il porte ses chaînes, qu'aucun homme ne lui a rien raconté, car ce qui est sorti de sa bouche, c'est l'Esprit Saint qui le proclamait. Et ce qu'il demandait était simple, qu'ils ne fassent rien sans l'évêque, qu'ils aiment l'unité et fuient les divisions. Il ajoute que là où il y a division et colère, Dieu n'habite pas, mais que le Seigneur pardonne à tous ceux qui se repentent et reviennent à l'unité.

La discussion ne s'arrête pas là. Certains posent une condition pour croire, et il les entend dire, «Si je ne le trouve pas dans les écrits anciens, je ne crois pas à l'Évangile.» Ils veulent d'abord le voir dans les archives, dans les écrits anciens, avant d'accepter ce qu'on annonce du Christ. Ignace leur répond «C'est écrit.» Et ils lui rétorquent aussitôt «C'est justement ce qu'il faut prouver.»

L'évêque de Syrie ne part pas chercher un autre texte, car pour lui les écrits anciens, c'est Jésus-Christ lui-même, sa croix, sa mort, sa résurrection et la foi qui naît de lui.

Par ce même chemin, depuis la Syrie, deux compagnons viennent derrière lui, Philon, un diacre de Cilicie, et Agathopous, un chrétien syrien, qui le suivent pour la cause de Dieu. Les chrétiens de Philadelphie les accueillent, mais certains les outragent.

Plus tard, depuis une autre ville de la route, Ignace envoie une lettre à cette Église et remercie ceux qui ont accueilli ses deux amis. Pour ceux qui les ont offensés, il ne demande qu'une chose, qu'ils soient pardonnés par la grâce de Jésus-Christ.

Puis le prisonnier et ses gardes reprennent la route vers Smyrne.

Ceux qui accoururent pour le voir

À Smyrne, personne ne le regarde avec méfiance. L'escorte fait halte dans cette ville de la côte, dont l'évêque est Polycarpe, plus jeune que le prisonnier, et la nouvelle de son arrivée court aussitôt sur les routes d'Asie.

À Éphèse, on apprend qu'il vient de Syrie chargé de chaînes, et l'on se hâte d'aller le voir. L'évêque d'Éphèse arrive, un homme d'un amour inexprimable, et en lui Ignace reçoit toute l'Église d'Éphèse. Avec l'évêque viennent un diacre et Crocus, qui réconforte le prisonnier en toutes choses. Ignace demande que ce diacre reste plus longtemps auprès de lui.

De Magnésie arrivent aussi des envoyés de cette Église. Et de Tralles, à l'intérieur des terres, arrive son évêque, Polybe. Polybe se réjouit tant avec le prisonnier dans ses chaînes qu'Ignace voit en ce seul homme toute l'Église de Tralles. Ses chaînes, celles qu'il porte pour le Christ, Ignace les appelle des perles spirituelles.

Alors il se met à écrire. À Smyrne naissent quatre des sept lettres qu'il laissera en chemin, et presque tout ce que l'on sait de cet homme tient dans ces sept lettres. Il écrit à Éphèse, à Magnésie, à Tralles et à Rome.

Aux Éphésiens, il dit qu'il commence à peine à être disciple, et qu'il leur parle comme à des condisciples, des compagnons qui apprennent du même Maître. Il leur demande de prier sans cesse pour les autres, d'opposer à la colère la douceur, à l'arrogance l'humilité et aux offenses la prière.

Ce qu'il leur laisse, c'est le Christ, qu'il appelle l'unique Médecin, né de Marie et de Dieu, et il leur rappelle que Marie l'a conçu par l'Esprit Saint. La virginité de Marie, son enfantement et la mort du Seigneur sont restés cachés au prince de ce monde, comme il appelle le diable. Trois mystères accomplis dans le silence de Dieu.

Il leur demande, unis à leur évêque et à leurs presbytres, de rompre un même pain, celui de l'Eucharistie, le pain rompu de la messe. Pour le prisonnier, ce pain est un remède d'immortalité, un antidote pour ne pas mourir.

En prenant congé, il nomme Polycarpe avec affection. Et il les supplie «Souvenez-vous de moi, comme Jésus-Christ s'est souvenu de vous.» Il leur demande aussi de prier pour l'Église de Syrie, d'où on l'emmène enchaîné jusqu'à Rome et dont il se tient pour le dernier des fidèles.

Ceux qui le louent le blessent

Au milieu de tant d'affection, le prisonnier entend aussi des éloges. Au moment d'écrire ses conseils aux chrétiens de Tralles, l'Église de Polybe, Ignace s'arrête avant de donner le premier ordre. Un condamné va-t-il donner des ordres, comme s'il était un apôtre?

Il sait qu'il comprend de grandes choses de Dieu. C'est justement pour cela qu'il garde la mesure, pour ne pas se perdre par la vantardise, cet orgueil qui grandit avec ce que disent les autres. Il lui faut maintenant craindre plus que jamais et ne pas écouter ceux qui le gonflent d'éloges, car chaque louange le frappe comme un coup de fouet.

Et il l'avoue sans détour. «Je désire souffrir, mais je ne sais pas si j'en suis digne.»

Ce qui lui manque, c'est la douceur, cette humble mansuétude qui ne rend pas les coups, et c'est par elle, pour le prisonnier, que l'on triomphe du prince de ce monde.

Il tait ce qu'il pourrait dire. Il pourrait leur parler des choses du ciel et des demeures des anges, mais il craint de leur nuire en leur en parlant, car dans la foi ils sont encore comme de petits enfants. Et il reconnaît que lui non plus ne les comprend pas encore, et que porter des chaînes pour le Christ n'y suffit pas.

L'évêque de la grande Antioche, celui qui pourrait écrire avec autorité à n'importe quelle Église d'Asie, se dit lui-même un apprenti.

Pour tenir, il s'appuie sur d'autres, et il n'a pas honte de le demander. Il les supplie de prier pour lui, afin qu'il devienne digne du martyre qui l'attend et ne soit pas rejeté au terme du chemin.

Il leur demande aussi de se souvenir de l'Église de Syrie, la communauté qu'il a laissée derrière lui.

Ainsi s'achève la lettre à Tralles, avec la peur dite à voix haute et restée sans réponse.

Froment de Dieu

De Smyrne, il écrit aussi à Rome, et aux Romains il avoue une autre peur. Là-bas vivent des frères à qui il serait facile de le délivrer, et c'est cela qu'il redoute.

Ignace date la lettre du 23 août. Ce sont les Éphésiens qui la porteront, et Crocus reste avec lui, celui qui l'a réconforté en tout et qu'il aime vraiment.

Si les Romains parviennent à empêcher sa mort, il sera difficile à Ignace d'atteindre Dieu. C'est pourquoi il leur demande de se taire. S'ils gardent le silence, il sera à Dieu. Qu'ils le laissent être offert à Dieu en sacrifice, maintenant que l'autel est prêt. Et qu'alors, réunis en chœur, ils chantent le Père, parce que Dieu a appelé l'évêque de Syrie de l'orient jusqu'à l'occident.

Pour lui-même, il ne demande qu'une seule force, celle non seulement de parler mais de vouloir, celle non seulement de se dire chrétien mais de l'être vraiment. Il mourra de bon cœur pour Dieu, s'ils ne l'en empêchent pas.

Il le dit avec une image des champs et de la table.

«Je suis le froment de Dieu, et je dois être moulu par la dent des bêtes, pour être trouvé un pur pain du Christ.»

Il les supplie d'attirer plutôt les bêtes, pour qu'elles deviennent son tombeau et ne laissent rien de son corps. Il ne leur donne pas d'ordres non plus. Pierre et Paul pouvaient commander, car ils étaient apôtres. Lui se sait un condamné.

Les mauvais traitements de ses dix léopards, les soldats qui le gardent, lui apprennent à être disciple, même s'il ne se croit pas pour autant juste devant Dieu. Enchaîné à eux, l'évêque de Syrie se voit de nouveau au commencement, et il l'écrit.

«Maintenant je commence à être disciple.»

Aucun royaume ne le tente plus. Mieux vaut pour lui mourir en Jésus-Christ que régner jusqu'aux extrémités de la terre. C'est Lui qu'il cherche, Lui qui est mort pour nous, et c'est Lui qu'il veut, Lui qui est ressuscité pour nous. Aux Romains, il demande seulement de le laisser imiter son Dieu, souffrir comme Lui a souffert.

Il est vivant, mais il désire mourir, et il dit pourquoi.

«Mon amour est crucifié.» Aucun feu ne brûle plus en lui pour réclamer un aliment, et au-dedans de lui une eau vive lui dit «Viens vers le Père».

Il ne veut pas de la nourriture qui se corrompt. Il veut le pain de Dieu, qui est la chair de Jésus-Christ, et pour boisson son sang, qui est l'amour incorruptible.

En terminant sa lettre, il revient aux siens. Il demande aux Romains de se souvenir dans leurs prières de l'Église de Syrie, qui a désormais Dieu pour pasteur à la place d'Ignace. Seuls Jésus-Christ et l'amour des chrétiens de Rome prendront soin d'elle.

Il leur transmet le salut des Églises qui l'ont reçu au nom de Jésus-Christ, et non comme un simple voyageur. Même celles qui n'étaient pas sur sa route sont venues à sa rencontre, de ville en ville.

Et il leur demande une dernière faveur, celle d'avertir ceux qui l'ont devancé de Syrie jusqu'à Rome qu'il est déjà tout proche.

Si ce n'était qu'apparence

L'escorte quitte Smyrne et emmène son prisonnier vers le nord, jusqu'à Troas, un port du nord-ouest de l'Asie Mineure tourné vers la mer. Là le rejoignent Philon, le diacre de Cilicie, et Agathopous, les deux compagnons qui le suivaient depuis la Syrie et que certains avaient outragés à Philadelphie. À ses côtés se trouve aussi le diacre d'Éphèse, celui que les Églises de Smyrne et d'Éphèse ont envoyé avec lui, et qu'Ignace donne en modèle de serviteur de Dieu.

Par ce diacre, il envoie une lettre à Smyrne, l'Église qui vient de l'accueillir. Il commence par rendre gloire à Jésus-Christ pour la foi de ces frères, aussi fermes que s'ils étaient cloués à la croix.

Mais dans les communautés d'Asie, il y a des maîtres qui disent que le Christ a seulement paru avoir une chair et souffrir. Face à eux, le prisonnier confesse le Christ sans rien laisser dans le flou. Il était vraiment de la lignée de David, et il est vraiment né d'une vierge. Il a vraiment été cloué dans sa chair sous Ponce Pilate. Il a vraiment souffert, et il est vraiment ressuscité. Après sa résurrection, il a dit à ceux qui étaient avec Pierre de le toucher et de voir qu'il n'était pas un esprit sans corps, et ils l'ont touché et ils ont cru.

Pour lui, la chair du Christ et ses propres chaînes tiennent ensemble, et il l'écrit ainsi.

«Si c'est seulement en apparence que notre Seigneur a fait ces choses, moi aussi je ne suis enchaîné qu'en apparence.»

Pourquoi donc le prisonnier se serait-il livré à la mort, au feu, à l'épée et aux bêtes? Être près de l'épée, c'est être près de Dieu.

Ces maîtres, il les reconnaît aussi à ce qu'ils ne font pas. Ils ne se soucient ni de la veuve, ni de l'orphelin, ni de l'opprimé, ni de celui qui a faim. Ils s'éloignent de l'Eucharistie et de la prière, parce qu'ils ne confessent pas que l'Eucharistie est la chair de notre Sauveur Jésus-Christ.

C'est pourquoi il demande à Smyrne que personne ne fasse rien dans l'Église sans l'évêque, et que l'on ne tienne pour véritable que l'Eucharistie présidée par l'évêque ou par celui à qui l'évêque l'a confiée. Et il résume tout en une seule phrase.

«Là où est Jésus-Christ, là est l'Église catholique.»

Catholique veut dire entière, universelle. Dans les écrits chrétiens qui nous sont parvenus, c'est la première fois que quelqu'un appelle ainsi l'Église.

En prenant congé, le prisonnier remercie les chrétiens de Smyrne de l'avoir soutenu en tout et d'avoir accueilli Philon et Agathopous. Et il les remercie d'autre chose encore, de ne pas avoir eu honte de ses chaînes.

Ils sont arrivés au port

Depuis Smyrne, chaque lettre s'est achevée sur la même demande, qu'on prie pour l'Église de Syrie. À Troas arrive la réponse. L'Église d'Antioche est sortie d'une période difficile, que les lettres n'expliquent pas, et elle est en paix grâce à ces prières. Elle a retrouvé sa vie de toujours.

Le prisonnier écrit à Polycarpe, l'évêque de Smyrne qui l'a accueilli. La nouvelle lui rend courage, et désormais il repose sans inquiétude en Dieu, dans l'espérance de parvenir jusqu'à Lui par la souffrance et d'être vraiment son disciple.

Cette joie, il la partage aussitôt. Il demande à Polycarpe de réunir son Église en un conseil solennel et de choisir quelqu'un de très aimé et plein de zèle, digne d'être appelé messager de Dieu, pour se rendre en Syrie. Il avait demandé la même chose à toute l'Église de Smyrne, un délégué qui irait porter une lettre et se réjouir avec les frères d'Antioche de ce qu'ils sont arrivés au port.

Et il ajoute, en pensant à celui qui devra faire ce voyage, «Un chrétien n'est pas maître de lui-même, il est à la disposition de Dieu.»

À Polycarpe, plus jeune que lui, il parle de pasteur à pasteur. Il se réjouit d'avoir vu son visage, où il n'a rien trouvé à reprendre. Il lui rappelle que toutes les blessures ne se soignent pas avec le même remède. Et il le lui écrit avec une image de forgeron.

«Tiens bon comme l'enclume sous les coups. C'est le propre du grand athlète d'être blessé et de vaincre.»

Qu'il ne néglige pas les veuves. Qu'il réunisse souvent les fidèles et cherche chacun par son nom. Qu'il regarde Celui qui est au-dessus du temps et qui s'est rendu visible pour nous, qui ne pouvait souffrir et qui a voulu souffrir pour nous. Et que le baptême soit son armure, la foi son casque et la charité sa lance.

Ignace voulait écrire à d'autres Églises, mais il n'en a plus le temps. Ceux qui le gardent reçoivent l'ordre de partir sur-le-champ, et il faut embarquer de Troas pour Néapolis, sur la côte de Macédoine, dans l'actuelle Grèce, de l'autre côté de la mer. Ce n'est pas le prisonnier qui décide de sa route. Alors il charge Polycarpe d'écrire lui-même, à sa place, aux Églises qu'il ne pourra pas atteindre.

Avant de clore la lettre, il salue un à un ceux de Smyrne. Une femme avec toute sa maison et ses enfants, et deux amis qui lui sont chers.

La lettre part pour Smyrne, et le prisonnier, pour Néapolis.

Des nouvelles sûres

De Néapolis, on l'emmène, sans doute par voie de terre, à travers la Macédoine. À Philippes, comme l'évêque de Smyrne le racontera peu après dans une lettre, les chrétiens sortent pour accompagner, comme il se doit, le prisonnier et d'autres qui vont, comme lui, chargés de chaînes.

Pour Polycarpe, les fers de ces prisonniers sont la parure des saints et la couronne des élus de Dieu.

C'est pourquoi, dans cette lettre à l'Église de Philippes, il commence par se réjouir de cette compagnie. Plus loin, il leur demande la patience. Et pour qu'ils sachent de quelle patience il parle, il leur donne en exemple celle qu'ils ont vue de leurs propres yeux chez le bienheureux Ignace, chez d'autres qui ont souffert eux aussi, chez Paul et chez les autres apôtres.

Aucun d'eux n'a couru en vain. Ils sont déjà à la place qui leur revient, auprès du Seigneur avec qui ils ont souffert, car ils n'ont pas aimé ce monde, mais Celui qui est mort et ressuscité pour nous.

Dans cette même lettre, Polycarpe fait aussi une promesse. Les Philippiens lui ont demandé, et Ignace aussi, que celui qui se rendra en Syrie pour se réjouir avec l'Église d'Antioche emporte avec lui la lettre de Philippes, et Polycarpe le fera dès qu'il en trouvera l'occasion.

Avec sa propre lettre, il leur envoie les lettres d'Ignace qu'il a entre les mains, parce qu'elles parlent de la foi, de la patience et de la croissance dans le Seigneur. Les lettres que le prisonnier a écrites pendant son voyage reprennent ainsi la route, cette fois entre les mains d'un messager, vers la ville où il est passé enchaîné.

Et avant de prendre congé, Polycarpe ajoute une demande. S'ils savent quelque chose de sûr au sujet d'Ignace et de ceux qui étaient avec lui, qu'ils le lui fassent savoir.

L'ami le place déjà auprès du Seigneur, et il demande encore de ses nouvelles.

L'arène de Rome

Aucune lettre ne répond à la question de Polycarpe. La réponse est restée dans la mémoire de l'Église, qui a gardé le souvenir que cet évêque est arrivé à Rome.

Jérôme, un savant chrétien de la fin du quatrième siècle, raconte un moment de ces jours-là. Ignace, déjà condamné aux bêtes, entend rugir les lions. Et avec l'ardeur de celui qui désire donner sa vie pour le Christ, il revient à l'image qu'il avait envoyée à Rome depuis Smyrne, celle du froment qui va être moulu.

Ignace est livré aux bêtes, et la tradition place sa mort dans le grand amphithéâtre de la ville, celui qu'on appelle aujourd'hui le Colisée. Personne ne lui enlève la fin qu'il avait demandée.

À Antioche, son Église a fixé le jour. Elle a placé sa mort un 20 décembre, vers l'an 107, sous l'empereur Trajan, et c'est à cette date qu'elle a célébré la mémoire de son pasteur.

La tradition se souvient aussi de ceux qui l'ont ramené. Ce sont Philon et Agathopous, les deux compagnons qui l'avaient suivi depuis la Syrie. Ils recueillent ses restes et les ramènent chez lui, à Antioche.

L'homme qui avait demandé que les bêtes ne laissent rien de son corps revient dans sa ville. On l'enterre hors des portes, près de la route qui mène au faubourg de Daphné.

Jérôme dit qu'à la fin du quatrième siècle ses restes reposaient encore là.

Sous l'autel

Ces restes ne sont pas demeurés pour toujours près de la porte de Daphné. Des siècles plus tard, selon la mémoire de Rome, ils ont fait le même voyage qu'Ignace avait fait enchaîné, de l'orient à l'occident. En 637, ils sont arrivés à la basilique Saint-Clément, à peu de distance du Colisée.

Aujourd'hui, le maître-autel de cette basilique s'élève au-dessus de la confessio, la crypte sous l'autel où l'on garde les restes des martyrs. Là, selon ce qu'affirme l'Église de Rome, reposent ensemble deux évêques des premiers temps, saint Clément, l'un des premiers successeurs de Pierre à Rome, et saint Ignace, l'évêque de Syrie. Derrière l'autel, au pied de la mosaïque qui couvre le mur du fond, une inscription rappelle qu'en ce lieu est gardée une dent d'Ignace.

Il avait voulu que les bêtes soient son unique tombeau. Ce qui reste de lui repose sous la table où l'on célèbre la messe.

Aujourd'hui, l'Église latine célèbre sa mémoire chaque 17 octobre, la date que lui a donnée la dernière réforme de son calendrier, avec une messe propre.

En France, les paroisses du Pays d'Auray inscrivent ce jour-là sa mémoire à leur agenda. Et au Togo, dans le diocèse de Kara, une paroisse porte son nom.

À cette messe, on lit l'Évangile du grain de blé, celui où Jésus dit que, si le grain tombe en terre et meurt, il porte beaucoup de fruit. Au moment de présenter le pain et le vin, le prêtre rappelle que Dieu a reçu Ignace comme froment du Christ, devenu pur pain par le martyre, et il lui demande d'accepter aussi le sacrifice de son peuple. Et dans la prière eucharistique la plus ancienne du rite romain, la grande prière au cœur de la messe, son nom est prononcé parmi les martyrs dont l'Église fait mémoire devant l'autel.

Vient alors le moment de communier. Les fidèles s'avancent vers le pain que le prisonnier de Troas appelait la chair de notre Sauveur. Pendant qu'ils avancent, on dit l'antienne de la communion, quelques mots brefs pour ce moment, tirés de la lettre qu'il a envoyée de Smyrne aux chrétiens de Rome.

«Frumentum Christi sum», je suis le froment du Christ.

Après la communion, l'Église demande à Dieu que tous soient chrétiens de nom et de fait, ce que cet évêque enchaîné demandait pour lui-même quand il suppliait qu'on ne le sauve pas.

Dans ses lettres du chemin, Ignace se voyait comme un débutant, et c'est de ce même pain que nous nous approchons nous aussi, en commençant chaque fois à être disciples.

Saint Ignace d'Antioche, vous qui avez marché enchaîné vers Rome et vous êtes offert comme froment du Christ pour devenir un pur pain. Vous qui avez eu peur de ne pas être digne et avez demandé à vos frères de prier pour vous. Obtenez-nous la grâce de recevoir avec foi le pain de l'Eucharistie. Obtenez-nous d'être chrétiens de nom et de fait. Souvenez-vous de ceux qui souffrent aujourd'hui, des malades, de ceux qui ont peur et de ceux qui sont seuls. Qu'ils trouvent, comme vous, le repos sans inquiétude en Dieu. Priez pour nous. Amen.

Sources

Sources primaires (IIe-Ve siècles)

  • Ignacio de Antioquía, Cartas a los Efesios, Tralianos, Romanos, Filadelfios, Esmirniotas y a Policarpo, trad. A. Roberts y J. Donaldson, Ante-Nicene Fathers 1 (1885) — New Advent newadvent.org
  • Policarpo de Esmirna, Carta a los Filipenses, ANF 1 (1885) newadvent.org
  • Eusebio de Cesarea, Historia eclesiástica III, NPNF II/1 (1890) — https://www.newadvent.org/fathers/250103.htm; III,36 en Wikisource
  • San Jerónimo, De viris illustribus 16 newadvent.org
  • Sócrates de Constantinopla, Historia eclesiástica VI,8, NPNF II/2 (1890) newadvent.org
  • Missale Romanum y Liturgia de las Horas, 17 de octubre liturgies.net

Sources hagiographiques et tradition

  • Argimiro Velasco Delgado, O.P., San Ignacio de Antioquía, en Nuevo Año Cristiano (EDIBESA) — dominicos.org (2026)
  • Martyrologium Romanum, elogio del 17 de octubre, según santodelgiorno.it

Documents ecclésiaux et études

  • Benedicto XVI, Audiencia general del 14 de marzo de 2007 — vatican.va
  • J. B. O'Connor, St. Ignatius of Antioch, The Catholic Encyclopedia 7 (1910) — newadvent.org
  • A. Coldani, A. Lonardo, M. Valenti, Basilica di San Clemente: i padri apostolici (2008) — gliscritti.it
  • Diocesi di Roma, San Clemente, gioiello incastonato nel cuore di Roma (2020) — diocesidiroma.it
  • A. C. Zenos (ed.), NPNF II/2, nota 857 (1890) — ccel.org
  • Catholic Truth Society, St Ignatius of Antioch (2022) — ctsbooks.org

Iconographie

  • Cathopedia, Basilica di San Clemente al Laterano (Roma) — it.cathopedia.org

Contexte contemporain

  • Santa Sede, Audiencias 2026 – León XIV — vatican.va
  • Opera Romana Pellegrinaggi, Cammino Urbano di Sant'Ignazio di Antiochia — operaromanapellegrinaggi.org
  • Câmara Municipal de Vagos, Festa de Santo Inácio do Boco (2025); Movimiento Apostólico Manquehue; Diócesis de Kara; Diócesis de Nashville (2024-2025); Paróquia Santa Luzia (2011); Paroisses du Pays d'Auray (2026)

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