Côme et Damien, on les a surnommés «les sans-argent». C'étaient deux frères médecins et, à ce qu'on raconte, ils ne faisaient payer personne. Ils n'ont laissé ni lettre ni livre. Il ne reste pas une seule phrase écrite de leur main.
Pourtant, depuis plus de quinze siècles, les chrétiens n'ont jamais cessé de prononcer leurs noms. Dans une prière de la messe, on les dit encore l'un après l'autre, comme si personne n'osait les séparer. Les malades continuent de se tourner vers eux. Autour d'eux deux circulent des histoires de guérisons, de jumeaux et de prodiges.
L'une de ces histoires parle d'un malade qui s'est réveillé en pleine nuit avec une jambe qui n'était pas la sienne.
Qui étaient ces deux frères, et comment le souvenir de cet homme qui a regardé sa jambe à la lueur d'une bougie est-il parvenu jusqu'à aujourd'hui?
Les sans-argent
À l'extrémité orientale de la Méditerranée, sur les rives du golfe d'Alexandrette, se trouvait Égée, une ville portuaire de Cilicie.
À l'intérieur des terres, vers l'est, s'élevait Cyr. C'était une ville romaine du nord de l'ancienne Syrie, dans la province d'Euphratésie, non loin d'Alep. Entre ces deux villes, celle de la mer et celle de l'intérieur, se partage le souvenir de deux frères.
On était dans les dernières années du troisième siècle, ou peut-être dans les premières du quatrième. L'empereur Dioclétien régnait, et de son temps, selon ce que les chrétiens ont gardé en mémoire, croire en Jésus-Christ avait un prix. Un chrétien pouvait être convoqué devant un magistrat. Là, il pouvait recevoir l'ordre de renier le Christ. C'est sous cette ombre qu'on soignait, qu'on priait et qu'on vivait.
Ceux qui les ont vénérés depuis l'Antiquité se souvenaient d'eux comme de deux frères, et certains comme de jumeaux. Dans ce souvenir, ils étaient originaires d'Arabie. Quant à leur foi, il existe deux traditions: un récit médiéval leur donne une mère croyante, Théodora, et une autre tradition, plus ancienne, dit qu'ils soignaient après être devenus chrétiens.
Ils étaient médecins. Ils soignaient les hommes et les femmes, et aussi les animaux. Et ils ne demandaient rien en retour. Pas une pièce.
Ils le faisaient par amour de Dieu. C'est pourquoi le surnom que les gens leur ont donné existe aussi en grec, anargyres, qui veut dire exactement cela: sans argent. Et ils ne soignaient pas seulement le corps: ils cherchaient aussi le bien des âmes, et beaucoup de païens venus à eux sont devenus chrétiens.
Quand l'Église fait mémoire d'eux chaque année, elle le fait avec une belle prudence. Elle dit qu'on les considère comme des médecins qui ont exercé à Cyr et soigné gratuitement beaucoup de gens. C'est le ton qu'on prend pour veiller sur un souvenir passé par bien des mains.
Ne pas se faire payer paraît simple tant que personne n'insiste pour payer. Un jour, une femme qu'ils avaient guérie est revenue les trouver avec quelque chose entre les mains.
Trois œufs
C'étaient trois œufs. Dans la mémoire de ceux qui ont répété pendant des siècles l'histoire des deux médecins, cette femme était venue à eux sans rien. Tout ce qu'elle possédait était parti en remèdes, l'un après l'autre, et aucun ne l'avait guérie.
Maintenant, elle était guérie. Et elle revenait avec la seule chose qu'elle pouvait offrir.
Les frères ont refusé. Leur règle valait aussi pour les petites choses: ni pièces, ni cadeaux, pas même trois œufs. La femme n'est pas partie. Elle s'est tournée vers Damien et lui a demandé de les prendre au nom du Christ.
Il les a acceptés. Il l'a fait pour ne pas la blesser et pour ne pas mépriser le nom du Seigneur.
Trois œufs, ce n'est pas un prix.
Ceux qui racontent cette histoire lui donnent un nom, Palladie, et se souviennent d'elle comme d'une femme atteinte de pertes de sang, c'est-à-dire d'une hémorragie qui ne s'arrêtait pas.
Côme en a été blessé. Pour lui, soigner sans argent ne souffrait aucune exception, si petite soit-elle. Mécontent, il a demandé qu'à sa mort on ne l'enterre pas auprès de son frère.
Deux frères qui avaient tout partagé, le métier, les malades et les routes, se retrouvaient séparés par une phrase au sujet d'une tombe.
Cette nuit-là, le Seigneur est apparu à Côme. Il n'est pas venu faire des reproches à Damien. Il est venu l'excuser.
Dans le récit, le geste de son frère n'avait rien brisé: il avait uni à la gratuité la compassion envers une femme qui suppliait au nom du Christ.
Pourtant, ce que Côme avait demandé pour sa sépulture était déjà dit.
Cette demande tenait toujours quand est arrivée la persécution de Dioclétien.
La renommée des deux médecins qui soignaient sans se faire payer, et grâce auxquels tant de païens étaient devenus chrétiens, est parvenue aux oreilles de Lysias, le préfet romain. Lysias les a fait appeler devant son tribunal.
Devant Lysias
Lysias leur a demandé qui ils étaient et d'où ils venaient.
Ils ont donné leurs noms, Côme et Damien, et ont nommé aussi leurs trois autres frères: Anthime, Léonce et Euprèpe. Leur pays était l'Arabie. Et ils ont ajouté: «Les chrétiens ne connaissent pas la fortune.»
Dans cette réponse résonne une profession de foi: ce n'est pas le hasard qui gouverne leur vie, c'est le Christ.
Alors Lysias a fait amener les trois autres frères et a donné aux cinq un ordre: offrir un sacrifice aux idoles, tous ensemble.
Ils ont refusé. Ils n'ont pas voulu sacrifier, et ils ont méprisé les idoles.
Lysias les a fait torturer aux mains et aux pieds. Même ainsi, ils n'ont pas cédé.
À partir d'ici, leur martyre est celui que les chrétiens ont raconté pendant des siècles, rempli de prodiges.
On les enchaîne et on les jette à la mer. Un ange du Seigneur les tire des flots, et ils se présentent de nouveau devant le juge.
Lysias les accuse de vaincre ses dieux par des sortilèges. Il leur demande de lui enseigner cette sorcellerie et promet de les suivre. À ce moment, deux démons s'abattent sur lui et le frappent au visage. Le juge les supplie en criant de prier pour lui le Seigneur.
Et ils prient pour lui. Pour l'homme qui venait de les jeter à la mer.
Les démons s'éloignent. Mais Lysias, remis, dit que c'était la colère de ses dieux parce qu'il avait pensé les abandonner, et qu'il ne permettra pas qu'on les offense.
Il fait allumer un grand bûcher, et on les y jette. La flamme s'écarte d'eux et atteint ceux qui regardent. Elle en tue beaucoup.
Puis on les étend sur le chevalet, un bâti qui étire le corps jusqu'à le disloquer. Les bourreaux s'acharnent sur eux plus que sur aucun autre homme. Et on les descend du chevalet entiers, sans blessure et sans douleur.
Lysias fait enfermer en prison Anthime, Léonce et Euprèpe. Côme et Damien, il les fait crucifier.
Sur la croix, la foule leur jette des pierres d'en bas. Les pierres se retournent contre ceux qui les lancent et en blessent beaucoup.
Hors de lui, le juge fait amener les trois frères et les place près de la croix. Quatre soldats tirent des flèches sur Côme et Damien. Les flèches reviennent et en blessent beaucoup. Les martyrs, elles ne les touchent pas.
Lysias a perdu sur tous les fronts. Il est angoissé jusqu'à la mort.
Il ordonne l'épée.
Les cinq frères meurent ensemble, décapités: Côme, Damien, Anthime, Léonce et Euprèpe.
Aucun des cinq n'a renié le Christ. Ni devant les idoles, ni devant le juge, ni devant l'épée.
Restait la tombe.
Ceux qui ont recueilli les corps n'avaient pas oublié ce que Côme avait demandé dans sa colère. Ils ne savaient pas s'ils devaient l'enterrer auprès de Damien ou respecter ses paroles.
C'est alors qu'un ordre a retenti. Certains racontent que ce fut une voix; d'autres, et c'est ainsi que l'a représenté le peintre Fra Angelico, que la parole est venue du dromadaire lui-même, celui qui portait le corps de Damien: «Ne les séparez pas dans la sépulture, car ils ne sont pas séparés dans le mérite.»
Et on les a enterrés ensemble.
La phrase dure de Côme n'a pas eu le dernier mot. Le dernier mot est revenu à ce que tous deux avaient vécu: la même foi, les mêmes malades, la même mort pour le Christ.
Une tradition place ce tombeau commun à Cyr; une autre, à Égée.
À Cyr, dès le cinquième siècle, un évêque allait évoquer la basilique dédiée aux deux saints dans la ville.
Le tombeau et le chemin des malades
Cet évêque s'appelait Théodoret, et il gouvernait l'Église de Cyr. Quand il mentionne l'église des deux martyrs, il la qualifie de somptueuse.
Là où l'une des traditions plaçait le sépulcre des frères, il n'y avait plus seulement une tombe. Il y avait un sanctuaire.
Cette mémoire a très vite gagné la capitale de l'Empire d'Orient. À Constantinople, dans la première moitié du cinquième siècle, deux églises étaient déjà dédiées aux saints.
Plus à l'est, à Édesse, en l'an 457, on a élevé un hôpital. On l'a placé sous la protection des deux médecins.
Ceux qui avaient soigné sans rien demander avaient désormais, pour les malades, une maison qui portait leur nom.
Au sixième siècle, l'empereur Justinien régnait depuis Constantinople. Il a fait restaurer avec splendeur la ville de Cyr en l'honneur des deux saints.
De l'empereur lui-même, on raconte une histoire. Il était tombé gravement malade. Il a guéri, et il a attribué sa guérison à l'intercession de Côme et Damien, c'est-à-dire à leur prière auprès de Dieu pour lui.
Reconnaissant, il a reconstruit et orné leur église de Constantinople. L'édifice est devenu un lieu de pèlerinage célèbre.
L'homme le plus puissant de son monde avait compté parmi les malades qui recouraient à eux.
En Orient, leur mémoire s'est multipliée au point que l'Église grecque en est venue à vénérer trois paires de saints portant le même nom et exerçant le même métier. Là-bas, leurs fêtes se répartissent sur trois dates: le premier juillet, le 17 octobre et le premier novembre.
Le nom des deux médecins avait déjà gagné l'autre extrémité du monde chrétien. En Gaule, au sixième siècle, un évêque de Tours, Grégoire, recueillait ce que l'on disait des martyrs et de leurs tombeaux.
Sur Côme et Damien, il écrit quelques mots qui contiennent tout le chemin des malades: «Si un malade vient plein de foi prier sur leur tombeau, il obtient aussitôt la guérison.»
Et il ajoute: «Beaucoup rapportent aussi que ces Saints apparaissent en songe aux malades pour leur indiquer ce qu'ils doivent faire.»
Dans ce souvenir, les deux frères continuaient de faire ce qu'ils avaient fait de leur vivant.
Celui qui arrivait devant leur tombeau n'apportait pas d'argent. Il apportait sa douleur et sa prière.
En ces mêmes siècles, un livre de prières de l'Hispanie wisigothique prononçait déjà leurs noms.
Et à Rome, dans les années de Justinien, un pape regardait deux vieux édifices du Forum.
Rome et la jambe de l'Éthiopien
Les deux médecins n'étaient déjà plus des inconnus dans la ville. Leur mémoire avait pris racine en Italie, surtout à Rome et dans les Pouilles, dans le sud de la péninsule. Au début de ce siècle-là, le pape Symmaque leur avait consacré, sur la colline de l'Esquilin, un oratoire, une petite chapelle de prière.
Le pape qui contemplait à présent le Forum était Félix, le quatrième de ce nom, que l'Église vénère comme saint. Vers l'an 527, il a transformé ces constructions en église et l'a dédiée à Côme et Damien.
Elles se trouvaient sur la Voie sacrée, la grande rue du Forum. Parmi les pierres les plus anciennes de Rome, deux médecins venus d'Orient avaient désormais leur maison.
L'église s'est couverte de mosaïques, des images composées de petits morceaux de pierre et de verre. Aujourd'hui encore, elles comptent parmi les trésors artistiques les plus précieux de la ville. Qui cherche à Rome les saints médecins les trouve là.
Les siècles ont passé, et ce que l'on racontait d'eux n'a cessé de grandir. Vers 1275, Jacques de Voragine a réuni dans un livre, la Légende dorée, les vies des saints telles qu'on les rapportait de son temps. Côme et Damien y ont trouvé place eux aussi, avec leurs prodiges. Ce livre a parcouru toute l'Europe et a fourni aux peintres des scènes pour plusieurs siècles.
L'une de ces histoires sent les champs. Un paysan, fatigué de moissonner, s'est endormi en plein air la bouche ouverte, et un serpent s'est glissé en lui. Cette nuit-là, la douleur ne lui laissait aucun répit, et il invoquait les saints. Comme la douleur augmentait, il s'est rendu à l'église des saints. Là, le sommeil l'a pris d'un coup, et le serpent est ressorti par où il était entré.
Une autre est plus sombre. Un homme qui devait partir en voyage a confié son épouse aux deux saints et lui a laissé un signe: s'il la faisait un jour appeler avec ce signe, elle devait venir le rejoindre. Un jour, quelqu'un qui avait l'apparence d'un homme est arrivé à la maison, porteur de ce signe, comme s'il était envoyé par le mari. C'était le démon.
Avant de le suivre, la femme a exigé qu'il jure sur l'autel des saints. Il a juré. Ils sont partis à cheval. Dans un lieu écarté, le faux messager a tenté de la jeter à terre pour la tuer.
Elle a invoqué Dieu et les saints. Et les saints sont accourus, avec une grande foule vêtue de blanc. Ils l'ont délivrée, et le démon a disparu. Alors ils lui ont dit qu'ils étaient Côme et Damien: elle s'était fiée à un serment prêté sur leur autel, et c'est pour cela qu'ils étaient venus.
Parmi les prodiges qu'on a racontés d'eux, il en est un que les peintres ont repris bien des fois. À Rome, dans une église dédiée aux deux saints, il y avait un homme qui la servait avec dévotion. Un cancer lui dévorait la cuisse.
Une nuit, il a vu en songe Côme et Damien près de son lit. Ils portaient un instrument et un onguent. L'un a demandé à l'autre: «Quand nous aurons coupé la chair pourrie, avec quoi remplirons-nous le vide?»
L'autre a répondu: «Aujourd'hui, on a enterré un Éthiopien dans le cimetière de Saint-Pierre ad Vincula. Il est encore frais. Allons y prendre de sa chair.» Saint-Pierre ad Vincula, c'est-à-dire Saint-Pierre-aux-Liens, est une autre église de Rome. Et ils ont fait ainsi: ils lui ont enlevé la cuisse malade et ont mis à sa place celle de l'Éthiopien.
Le serviteur s'est réveillé. Il ne sentait aucune douleur. Il a tendu la main et a touché sa jambe: elle était saine, sans blessure. Il a pris une bougie et a approché la lumière.
Cette jambe n'était pas la sienne.
Il a sauté du lit, rempli de joie, et a raconté à tous ce qu'il avait vu en songe et comment il avait été guéri. On est alors allé au tombeau de l'Éthiopien. On y a trouvé sa cuisse coupée et, dans le tombeau, à sa place, la cuisse malade du serviteur.
L'Église n'a jamais porté de jugement formel sur ces prodiges. Elle les a laissés vivre dans la dévotion des fidèles, qui les ont répétés et peints de génération en génération.
Restait pourtant ce qu'il y a de plus fragile dans toute mémoire: leurs restes.
De Rome, en l'an 965, des reliques sont parties vers le nord, en direction de Brême: des restes que l'on vénérait comme les leurs.
Le voyage des crânes
À Brême, dans le nord de l'Europe, ces restes ont trouvé une nouvelle demeure. Bien loin, désormais, se trouvaient le port d'Égée, les rues de Cyr et les pierres du Forum. Les chrétiens de cette ville n'avaient jamais vu ces deux médecins d'Orient. Ils se sont pourtant mis à les vénérer.
Vers 1420, on a fabriqué à Brême un reliquaire, c'est-à-dire une châsse où l'on garde des restes vénérés. Il avait la forme d'une église. Il était en bois de chêne, recouvert de plaques d'argent doré, de cristal de roche et d'émaux bleus. Sur ses portes, des peintures racontaient des scènes de la vie des deux frères.
À l'intérieur, sur des coussins brodés de perles, reposaient deux crânes.
À Madrid, en 1582, une femme qui avait été impératrice est entrée dans un monastère pour y rester. Elle s'appelait Marie d'Autriche. Elle était la sœur du roi Philippe II et la veuve de l'empereur Maximilien II. Pour sa retraite, elle a choisi le monastère des Descalzas Reales, une maison de religieuses clarisses.
Avec elle sont restés là deux crânes que l'on vénère comme ceux de Côme et Damien, apportés de Brême.
Les religieuses les gardent dans un coffret d'agates et d'argent. Des diadèmes byzantins en argent, portant une inscription en grec, entourent les crânes. Ils reposent dans la clôture, la partie du monastère où vivent les religieuses et où le public n'entre pas.
Auprès d'eux, la communauté garde la mémoire d'un long chemin. Ce chemin a commencé à Égée, s'est poursuivi vers l'Arménie, est passé par Constantinople et par Rome, et il est enfin arrivé à Brême.
La châsse de Brême, elle non plus, n'est pas restée immobile. En 1649, par l'entremise du prince-électeur Maximilien Ier, l'un de ceux qui élisaient l'empereur, la châsse a voyagé jusqu'à Munich. On l'a portée en procession à travers les rues jusqu'à l'église Saint-Michel.
C'est la plus grande église de la Renaissance au nord des Alpes. La châsse s'y trouve toujours, dans une chapelle latérale de la nef, derrière une grille.
Ainsi, deux églises gardent des crânes que l'on vénère comme ceux des saints médecins, l'une à Madrid, l'autre à Munich. Dans les deux cas, le chemin de ces restes passe par la même ville du Nord. Dans les deux églises, on continue aujourd'hui de les vénérer.
La châsse de Saint-Michel, d'ailleurs, ne reste pas toujours fermée derrière sa grille. Une fois par mois, quelqu'un l'ouvre pour les malades.
Les malades continuent de venir
Les malades ne sont pas les seuls à se tourner vers eux. Ceux qui soignent, eux aussi, les considèrent comme les leurs. L'Église tient les deux frères pour les patrons des médecins et des chirurgiens. L'art les a souvent peints coiffés d'un bonnet de médecin et avec les instruments de leur métier.
À Madrid, une Confrérie porte leur nom. Elle réunit surtout des professionnels de santé.
Chaque 26 septembre, l'Église leur consacre une mémoire facultative, c'est-à-dire une célébration que chaque communauté peut faire ce jour-là en leur honneur. Jusqu'à la réforme du calendrier, en 1969, leur fête tombait le 27.
Il est un lieu où leurs noms n'attendent aucune date: l'autel.
À la messe, le prêtre dit une grande prière au cours de laquelle il consacre le pain et le vin: la prière eucharistique. La première de ces prières s'appelle le Canon romain. Dans l'un de ses passages, l'Église fait mémoire de ceux qui s'unissent à l'offrande du Christ: la Vierge Marie, les apôtres, les martyrs.
Quand le prêtre dit cette liste en entier, tout à la fin, l'un après l'autre, résonnent deux noms: Côme et Damien.
Qui a inscrit là leurs noms, et quand? Aucun document ne le dit. Les spécialistes le situent dans la Rome de ces mêmes papes: les uns pensent à Symmaque, celui de l'oratoire de l'Esquilin; les autres à Félix, celui de la basilique du Forum.
Au plus tard vers l'an 600, avec le pape saint Grégoire le Grand, cette liste de martyrs a été close. Depuis, Côme et Damien la terminent.
D'eux, il n'est pas resté une seule ligne écrite. Leurs noms, eux, sont prononcés auprès du sacrifice du Christ, rendu présent sur l'autel. Là non plus, on ne les sépare pas.
À Munich, le troisième mercredi de chaque mois, à six heures du soir, l'église Saint-Michel célèbre un office pour les malades.
Les malades et leurs familles arrivent peu à peu. Dans la chapelle latérale, derrière la grille, on ouvre la châsse de chêne et d'argent partie autrefois de Brême. À l'intérieur se trouvent les deux crânes.
Alors un prêtre passe de l'un à l'autre. Il s'arrête devant chaque malade et devant chaque proche, et donne à chacun sa bénédiction.
Chacun la reçoit avec sa propre douleur, devant les deux frères.
Devant cette châsse ouverte, ce que Côme et Damien donnaient sans argent continue de rejoindre celui qui souffre.
Seigneur Jésus-Christ, médecin des corps et des âmes: tu as donné aux saints Côme et Damien des mains qui guérissaient sans rien demander en retour et une foi qui ne s'est pas brisée devant le juge. Par leur intercession, soutiens les malades qui viennent à toi avec leur douleur, accompagne ceux qui les soignent et apprends-nous à donner gratuitement ce que nous avons reçu gratuitement. Saint Côme et saint Damien, priez pour nous. Amen.





